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La diversité culturelle, nouveau critère RSE ?

Novethic'Info - n° 330

 

par Hélène Huteau

Un nouveau pilier du développement durable est en passe d’émerger, porté par la France et les pays francophones : la diversité linguistique et culturelle. L’observatoire « Linguo-responsable » commence à évaluer les pratiques des entreprises et milite pour que ce critère soit intégré dans leurs politiques.

 

Combien de langues parle votre entreprise ? Afin de s’assurer que mondialisation rime avec diversité et non-uniformisation, l’association Linguo-responsable.org a mis en place un observatoire du multilinguisme des grandes entreprises européennes, via notamment leur vitrine : leur site Internet. Alors que la France accueillait fin septembre, à la Sorbonne, les Etats Généraux du multilinguisme, c’est une entreprise suisse, Swatch Group, qui décroche le Cybertrophée 2008 de Linguo-responsable pour son site entièrement accessible en quatre langues. La démarche est naturelle pour Nick Hayek, DG et multilingue lui-même. Mais la tendance porte beaucoup d’entreprises à choisir le plus petit dénominateur commun actuel qu’est l’anglais, au risque de discriminations sociales (voir article lié) et de perte de créativité.

 

« Taux de multilinguisme avancé »
Selon l’Observatoire de la diversité culturelle mis en place par Linguo-responsable, les entreprises du CAC 40 utilisent en moyenne deux langues dans leur site institutionnel ; le français et l’anglais. 11,6% en ont trois ou quatre, et seules six entreprises ont un « taux de multilinguisme avancé », c’est-à-dire qu’elles offrent un contenu trilingue au minimum pour trois rubriques stratégiques (actionnaires, média, recrutement, gouvernance et développement durable). Cependant, la plupart se rattrapent avec des versions locales de leur site internet.

 

L’une des six exceptions à décrocher la plus haute note sur son site en « .com », L’Oréal, a fait de la diversité le cheval de bataille de sa politique de développement durable. Ainsi en France, près de 45 % des équipes ne sont pas françaises et 60 % des membres de comités de direction non plus. « Nous n’avons jamais instauré l’anglais bien que nous soyons une entreprise internationale. Le Français reste une langue importante mais nous nous adaptons localement, et selon les situations, par le sous-titrage ou la traduction, par exemple dans les présentations et formations. Les managers sont formés à la langue locale avant d’être expatriés » témoigne Sylviane Balustre d’Erneville, responsable Diversité et Inclusion à la direction générale des ressources humaines.

 

« Diversité créatrice »
L’objectif de Jérôme Gouadain, président de Linguo-responsable.org, est « d’inclure les langues et les cultures dans les politiques de développement durable des entreprises ». « Promouvoir la diversité culturelle relève d’une exigence éthique. Ce qui est en jeu […] est la diversité créatrice » a également souligné le Sénateur Duvernois, parlementaire de la francophonie, à la remise du Cybertrophée. Cette source de créativité par les langues et la culture ne semble pas interpeller outre mesure les entreprises et administrations françaises, qui ne lui consacrent que 1% de la formation continue.

 

Dans les grands cabinets anglo-saxons de management, si l’anglais domine, la diversité est assurée par le recrutement international et la mobilité des consultants. « La maîtrise du langage local est indispensable à la compréhension de la problématique du client. La diversité de nos équipes nous donne plus de chance de trouver la meilleure solution » témoigne Christian Rayban, consultant chez l’un des cinq grands cabinets.

Un nouveau critère de notation ?
Pour faire évoluer les consciences sur l’importance de la politique linguistique en entreprise, Linguo-responsable a développé une méthode de notation de la diversité linguistique des entreprises et administrations européennes. L'association souhaiterait intégrer ce critère dans la notation sociale des entreprises, afin de sensibiliser, in fine, actionnaires et investisseurs. « C’est un bon point de départ dans la notation sociale » souligne Jérôme Gouadain. Il rejoint en cela la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, qui défend la culture comme axe transversal du développement durable.
Vivendi, par son activité de producteur de contenus culturels, est l’un des seuls à avoir choisi la diversité culturelle comme axe majeur de progrès. L’extension des champs linguistiques de ses produits et supports va de pair avec celle de ses marchés. « Pour Vivendi, groupe producteur et distributeur de contenus, la diversité culturelle est un ressort indispensable au développement de ses activités : qu’il s’agisse de musique, de films, de jeux, de sites Internet…Dans chacun de nos marchés nous promouvons les cultures locales et par conséquent les langues, explique Pascale Thumerelle, directrice DD de Vivendi. Au niveau du groupe et du siège, l’anglais et le français sont les deux langues de travail et les deux langues dans lesquelles notre site institutionnel est disponible". Reste à convaincre certaines entreprises des avantages économiques qu’offre la pratique du multilinguisme, comme le soulignent des travaux récents de la Commission européenne. C’est le prochain chantier de Linguo-responsable.

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