Allemagne : priorité à la cogénération
Avec son paquet « énergie, climat », le gouvernement allemand fait la part belle à la cogénération. Soucieux d’assurer son indépendance énergétique tout en s’efforçant de respecter le retrait graduel du nucléaire d’ici 2020, Berlin entend promouvoir une forme de production d’énergie jugée jusque-là trop longtemps négligée.
Dorénavant perçu comme un secteur énergétique clé par le monde politique allemand, la cogénération dispose d’un nouvel arsenal législatif pour le 1er janvier 2009. Objectif : doubler la fourniture en énergie des installations de cogénération pour atteindre 25% de part du marché énergétique d’ici 2020. C’est-à-dire l’année même où devrait disparaître l’énergie d’origine nucléaire.
Le nouvel engouement pour la cogénération tient à ses vertus : une seule source d’énergie permet de produire électricité et chaleur. D’où le nom de cogénération. Premier grand avantage : tous les types de combustibles peuvent être utilisés, en fonction des possibilités locales d'approvisionnement (résidus de bois, gaz naturel, biogaz, voire déchets, etc…). Deuxième grand avantage : la distribution d’énergie via les installations de cogénération n’engendre que très peu de perte de chaleur. Le rendement énergétique de la cogénération se situe entre 75 et 85%. De fait, la cogénération se révèle le plus efficace avec un réseau décentralisé d’installations locales et régionales, avec un rayon de distribution bien plus restreint. A terme, Berlin veut atteindre une réduction d’émission de 23 millions de tonnes d’ici 2010 par la cogénération et met à disposition une enveloppe d’un montant de 4,5 milliards d’euros.
4% en France
Selon le bureau à l’énergie de la ville de Francfort, le rendement en énergie des fournisseurs traditionnels se situe entre 35 et 40%. Ce qui revient à dire que les deux tiers de l’énergie produite se perd lors de la production et distribution. « Cette perte en énergie est maintenant supérieure à la demande en énergie de la totalité du secteur industriel allemand », relève-t-on à l’Energiereferat. La ville de Francfort se targue volontiers d’être « la capitale allemande de la cogénération ». De fait, plus d’une centaine d’installations alimentent habitations privées, mais aussi hôpitaux, écoles, piscines, y compris le jardin des plantes, en énergie « cogénérative », réduisant ainsi l’empreinte carbone de la ville de 70 000 tonnes de CO2 par an.
Alors qu’en Finlande, au Danemark et aux Pays-Bas la cogénération oscille entre 35 et 50%, les représentants des organisations environnementales allemandes regrettent qu’elle ne représente que 13% de l’alimentation énergétique du pays. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Allemagne compte 2,938 installations avec une capacité maximum de 20,840 GW, dont un total annuel d’électricité de 77,8 TWh. En France, les statistiques européennes évaluent la part de la cogénération autour de 4%.
Monopole énergétique
La structure énergétique décentralisée des cogénérations s’emboîte parfaitement avec la structure fédérale du pays – et peut expliquer la raison du succès de la cogénération en Allemagne. Mais c’est aussi en raison de ce schéma décentralisé que l’essor de la cogénération fut politiquement bloqué outre-Rhin. L’organisation environnementale Germanwatch explique que le premier gouvernement de coalition élu en 1998 s’est heurté à l’époque à l’opposition des quatre oligopoles énergétiques. D’une part, les géants énergétiques fournissent le pays en énergie à près de 80%, une énergie encore largement basée sur le charbon et le nucléaire, d’autre part, ils conservent jalousement la main mise sur les réseaux de distribution. Une situation de monopole dénoncée par les ONG et les associations de consommateurs, qui réclament la séparation entre production et distribution d’énergie.
Claire Stam à Francfort (Allemagne)
Mis en ligne le : 10/11/2008