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Source : Journal de l'Environnement

Interdit en France métropolitaine en 1990 et aux Antilles en 1993, le chlordécone (un insecticide notamment utilisé pour lutter contre le charançon du bananier) fait l’objet d’un plan d’action 2008-2010. Doté d’un budget de 33 millions d’euros, il vise à réduire l’exposition au chlordécone (encore présent c’est un produit très stable)et à renforcer les connaissances concernant l’impact sur la santé de la population en Martinique et en Guadeloupe.

Lundi 6 janvier, un rapport interministériel d’activité pour l’année 2008 a été transmis à différents ministères. Il fait le point sur les actions déjà engagées (1) et annonce les orientations à donner pour 2009. Parmi les points qui feront l’objet d’une attention particulière pour l’année à venir, la communication est en première place, avec comme objectif la publication des premiers résultats des études de santé au cours du second semestre. Des recherches complémentaires, ainsi qu’une surveillance de l’impact sanitaire des pesticides, seront proposées par le comité scientifique international; des analyses de sols avant plantation (afin d’éviter la commercialisation de denrées contaminées) seront mises en œuvre dans le cadre réglementaire dit du «paquet Hygiène».
Enfin, les actions du plan relatives à la production halieutique seront renforcées, pour que les pêcheurs puissent bénéficier de mesures d’accompagnement comparables à celles retenues pour les agriculteurs et les aquaculteurs.
(1) Dans le JDLE «Ouverture d’un site d’information sur le chlordécone»

Le site

Rapport interministériel

Communiqué de la Direction général de la santé

Source : Novethic 'Info n°3
La « semaine sans pesticides », Richard Wallner la vit à l’année. En Charente, ce jeune agriculteur expérimente une « agriculture naturelle » sans pesticides, sans engrais et sans labours, avec une production à la surface meilleure qu’en monoculture industrielle, notamment grâce à la complémentarité des cultures.

Richard Wallner a banni de son exploitation agricole, depuis trois ans, les produits chimiques. Enthousiaste sur les résultats, il cite pour l’exemple : « le problème des limaces s’est réglé de lui-même, dès la seconde année, grâce aux carabes, crapauds et hérissons », des alliés naturels qu’il a su attirer par des bandes enherbées et conserver en s’abstenant de traiter ses salades et de labourer. Ce jeune agriculteur s’est installé en Charente, à Marsac, près d’Angoulême, pour mettre en pratique les principes d’une agriculture écologique, en totale rupture avec le modèle agricole intensif actuel. Sa ferme, Au Petit Colibri, qui est aussi un écolieu pédagogique, ressemble au premier abord à une friche. Pourtant, lorsqu’on pénètre, les choux, salades et autres légumes sont bien là, sur des buttes, calfeutrés dans de la paille.

 

"Principe du non agir"

 

Richard Wallner pratique une agriculture dite « naturelle », qui préconise le non labour, interdit tout pesticide, fongicide ou herbicide et évite même l’emploi de tout compost préparé, aussi naturel qu’il puisse être. Le concepteur de cette méthode, le Japonais microbiologiste des sols Masanobu Fukuoka, avait tant étudié la complexité des interactions au sein des écosystèmes, dans les années 1930, qu’il en était arrivé à la conclusion que toute intervention humaine causait plus de dégâts qu’elle n’en réparait. « La nature fonctionne très bien mais nous ne l’avons toujours pas comprise » résume Richard Wallner. Par exemple, ses plants de tomates, non taillés, résistent mieux aux maladies et donnent autant de fruits, même si ces derniers sont un peu plus petits. Il est rejoint dans ce principe par un chercheur contemporain de l’INRA, Jean-Marie Lespinasse, qui, après avoir tout essayé, conclut sur les arbres fruitiers : « il faut laisser l’arbre tranquille, avec de l’espace »... Pour autant, précise Richard Wallner, « le principe du non agir n’est pas l’agriculture du rien faire. Cette méthode nécessite beaucoup d’observation, de présence et de travail ». Surtout les premières années, où il faut arracher ou faucher les herbes indésirables. Ensuite, la couverture du sol, le fait de ne pas labourer et quelques autres techniques réduisent la repousse.

 

Locale, sobre et productive
Cette agriculture se pratique à petite échelle (moins de 10 ha la ferme) et sur la proximité. Rentable au plan économique, écologiquement et socialement viable. L’un des secrets de sa rentabilité, dès la première année, repose sur l’absence d’investissement lourd, puisqu’on se passe de tracteur et d’intrants. On évite au maximum les transports en organisant les terres autour de la ferme, selon les principes de la permaculture. La vente se fait aussi localement. Richard Wallner a vite fidélisé des familles avec ses paniers hebdomadaires.
Le concept d’organisation permaculturelle, qui fait des émules dans le monde entier, optimise toutes les énergies, humaines, fossiles et naturelles, du bâti aux cultures, en passant par la gestion de l’eau. Cette ferme idéale est non seulement sobre mais très productive grâce au mélange des cultures, qui permet de densifier l’usage de la terre. Ainsi, le verger sert aussi de poulailler. Les arbres sont d’ailleurs présents sur toutes les cultures puisqu'ils en sont les régulateurs, remontant les fertilisants à la surface grâce à leurs racines. « La ferme est de plus en plus auto fertile, sécurisée et de moins en moins pénible. Le système est mature au bout de dix ans, la durée d'une bonne emprise des arbres» explique Richard Wallner.

 

Une expérience qui dérange
L’objectif de l’expérience de Richard Wallner est de prouver la viabilité du système, indépendant du pétrole et de toute subvention européenne, bénéfique pour la santé et l’environnement, et qui recréerait du lien social et de l’emploi dans les campagnes. « A terme, on peut envisager un hectare par agriculteur, qui nourrirait vingt à trente familles de façon diversifiée, hors viande. Avec un million de fermes on nourrit la France sur une surface ridicule ! » extrapole-t-il. Son projet a commencé sur les chapeaux de roues, en 2005, grâce à l’aide de bénévoles et les deux premières années ont été prometteuses. Mais ce parisien exilé, ingénieur de formation, a dû arrêter les cultures commerciales pour cause de blocage de la mairie de Marsac, qui lui refuse arbitrairement le droit de construction sur son terrain. Son projet avait pourtant le soutien du Conseil Général, de la Chambre d’Agriculture et de la DIREN. En janvier, il a même reçu la visite des Verts. « L’expérience de Richard est intéressante car il utilise des méthodes que les agriculteurs traditionnels n’ont pas appris comme étant possibles » a déclaré Cécile Duflot, secrétaire nationale. Peut-être est-ce le succès potentiel de ce modèle qui gêne le maire de Marsac, maïsiculteur et éleveur de porcs hors-sol ? Après trois ans de négociation et de résistance, à vivre en caravane, Richard Wallner attaquera en justice la mairie à la fin du mois pour pouvoir mener son rêve à bien et cultiver notre espoir d’une agriculture durable.

Hélène Huteau

Source : Novethic'Info n°3

La Semaine sans pesticides se déroule du 20 au 30 mars 2009 en Europe, au Brésil, au Canada et dans des pays d’Afrique du nord. Collectivités, entreprises et associations organisent en France des événements sur l’usage de ces produits, de plus en plus encadrés par la réglementation nationale et européenne. Pour sa 4ème édition, la Semaine sans pesticides se déroule dans un contexte qui a considérablement évolué. Si la France est toujours le premier consommateur de pesticides en Europe (77.300 tonnes utilisées en 2007, soit plus de 5 kg/ha/an), au plan réglementaire, le Grenelle et le plan « Ecophyto 2018 » ont inscrit la réduction des pesticides dans la politique agricole hexagonale, avec un objectif de « moins 50% dans 10 ans, dans la mesure du possible ». « Même si cette réglementation n’est pas juridiquement contraignante et qu’elle apparaît très insuffisante, nous reconnaissons des progrès dans cette démarche de plus en plus précautionneuse des pouvoirs publics », se félicite François Veillerette, président du MDGRF. De même, la directive européenne sur l’usage durable des pesticides et la liste noire des 22 produits les plus dangereux interdits par Bruxelles sont autant de signaux positifs pour les défenseurs de solutions alternatives aux pesticides. Collectivités, élus, associations et consommateurs sont en effet de plus en plus nombreux à rejeter leur usage. La ville de Paris, à l’instar d’autres collectivités locales engagées dans une démarche « Zéro pesticides », a entrepris un plan de réduction significatif pour les parcs et jardins, mais également pour le service de l’eau, dont la gestion reviendra à la ville l’année prochaine. Jacques Boutault, maire (écologiste) du 2e arrondissement de Paris, explique ainsi que « le remplacement progressif des pesticides par des alternatives plus naturelles a permis de faire chuter leur utilisation de 90% à Paris, depuis 15 ans ».
Si l’agriculture est le principal utilisateur de pesticides (95 % des substances utilisées), l’entretien des voieries et des espaces verts est également concerné. Or, cette exposition peut s’avérer particulièrement dangereuse pour les enfants et les femmes enceintes. En juin 2008, une campagne de mesures effectuée en Ile-de-France par Airparif avait mis en évidence la présence, à l'état de traces, de plus de trente molécules de pesticides dans cinq sites différents : Paris, les Halles ; Bois-Herpin (Essonne) ; Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; Chelles et Coulommiers (Seine-et-Marne). Pas moins de 3 200 tonnes de pesticides sont employées chaque année en Ile-de-France, dont 2 900 tonnes pour des usages agricoles.

Des effets toxiques mal connus
Présents dans l’air, l’eau, les sols et l’alimentation, les pesticides ont des impacts sanitaires considérables. Certains produits, bien qu’ils ne soient plus utilisés depuis des années, persistent encore dans l’environnement. Si les études sur leurs effets en matière de santé sont trop peu nombreuses, une enquête menée par l'Ineris en mars 2008 lui a permis de conclure que : "Si le lien entre l'exposition aux pesticides présents dans l’environnement intérieur et l'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi, la toxicité de ces produits est avérée ». Certains organismes, comme l’Agence de protection environnementale des Etats-Unis (EPA), ont classé des produits comme cancérogènes potentiels. C’est le cas de l’Oxadiazon, un herbicide toujours commercialisé.
Le nombre et le champ insuffisant des études sanitaires ont conduit à la création d’un Observatoire des résidus de pesticides (ORP) pour rassembler et exploiter les données existantes. 25 organismes spécialisés dans les domaines de l'environnement et des risques sanitaires sont réunis, sous l’égide de l'agence française de la sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) pour évaluer les impacts toxiques , dont le risque de cancers et de perturbation endocrinienne. Car même à faible dose, les substances génotoxiques peuvent modifier l’ADN et entraîner des cancers. C’est le cas pour un certain nombre de pesticides. De même, les perturbateurs endocriniens agissent comme des hormones, avec des effets à des doses très basses. L’« effet cocktail » de ces substances reste également mal connu. Pour obtenir une mise sur le marché, le fabricant doit fournir un dossier d’étude sur le produit, mais seule la substance active est testée, et non les autres composants, qui peuvent pourtant augmenter les effets de la matière active. Les travaux de l’ORP montrent par ailleurs qu'il est encore difficile aujourd'hui de mesurer l'exposition des citoyens aux pesticides. Un suivi annuel des usages des pesticides sur le territoire français va être mis en place, qu’il s’agisse des milieux professionnels ou des particuliers, notamment à travers le jardinage. Enfin, un plan 2009-2011 doit permettre de rassembler des données sur la présence de résidus de pesticides dans l’environnement et les produits de consommation.

Véronique Smée

Source : Journal de l'environnement

La Commission européenne a mis en ligne lundi 16 mars une base de données sur les pesticides, après achèvement de son programme d’évaluation des substances existantes mises sur le marché avant 1993.

Ce programme mené conjointement par la Commission, les Etats membres et l’agence européenne de sécurité sanitaire des aliments (Efsa) concerne près de 1.000 substances actives contenues dans des dizaines de milliers de produits. Parmi ces substances, seules 250 ont obtenu une autorisation de mise sur le marché suite à l’évaluation du risque sanitaire et environnemental, conformément à l’obligation de la directive (1).
«Ce programme a conduit au retrait de plus des deux tiers des pesticides existants», a souligné Androulla Vassiliou, le commissaire européen en charge de la santé dans un communiqué du 12 mars. Dans la majorité des cas, les dossiers étaient incomplets, mais pour 70 substances, le niveau de risque a été jugé inacceptable.
La Commission a créé une liste des substances actives autorisées et les Etats membres pourront autoriser sur leur territoire les produits phytosanitaires qui en contiennent.
(1) directive 91/414/EEC concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques

Paquet Pesticides : adoption par le Parlement européen

Liste des substances autorisées

Communiqué de la Commission européenne

Directive 91/414/EEC

Source : Observatoire des Résidus de Pesticides (ORP)

 

Jean-Marc BOURNIGAL, Directeur général de l’alimentation et président du comité de pilotage de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) et Josette FOURNIER, Présidente du comité d’orientation et de prospective scientifique ont clôturé le colloque de restitution des travaux du premier plan d’actions 2006-2008 de l’ORP « mieux connaître les usages de pesticides pour comprendre les expositions ».

Ils ont annoncé les grandes orientations du plan d’actions 2009-2011 de l’ORP.

Dans la lancée du premier plan d’actions 2006-2008 de l’ORP, et en appui au plan ECOPHYTO 2018, ce deuxième plan d’actions s’organise autour de 27 actions qui visent à :

• Recueillir, décrire et diffuser les données relatives aux usages de pesticides, et à la présence des résidus de pesticides dans les milieux et produits consommés par l’homme ;

• Analyser et valoriser les données collectées pour estimer les expositions de l’environnement et de populations aux résidus de pesticides ;

• Identifier les méthodologies régionales efficaces pour caractériser les usages, les évolutions des pratiques et les connaissances des expositions à l’échelle des territoires.

Le projet de plan d'actions ORP 2009-2011

 


Novethic'Info n°345

Le tribunal de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) a rendu une ordonnance de non-lieu à l'encontre de Bayer et BASF. Les deux groupes chimiques ne seront donc pas condamnés pour avoir vendu l'insecticide Regent, accusé d'être à l'origine de la surmortalité des abeilles. Plusieurs associations vont faire appel de la décision.

 

Le procès du Regent n'aura pas lieu. Le tribunal de grande instance de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a enfin rendu son avis concernant la responsabilité des producteurs du célèbre insecticide. Après cinq ans d'attente, Bayer CropScience et BASF Agro ont obtenu, vendredi 30 janvier 2009, un non-lieu dans l'affaire de la mortalité des abeilles. Ils étaient accusés d'avoir utilisé du fipronil, une substance chimique jugée dangereuse, dans leur pesticide Regent. Le procureur de la République avait déjà requis un non-lieu en juin 2008, arguant que le lien entre la destruction des ruches et l'utilisation de l'insecticide ne pouvait pas être formellement démontré. Scandalisées, l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF) et la Confédération paysanne ont annoncé leur intention de faire appel de la décision.

 

« Insecticide utilisé en traitement des semences pour la protection des cultures de maïs et de tournesol contre le taupin, un ravageur souterrain, » telle est la description du Régent donnée par BASF qui précise : « Il ne présente aucun danger pour l'homme et l'environnement. » Pourtant dès 2003, de premières études impliquent le fipronil, substance active du Regent, dans la surmortalité d'abeilles. En février 2004, BASF Agro qui commercialise le Regent et son PDG Emmanuel Butstraen étaient mis en examen pour « mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme et de l'animal ». Une décision qui concernera pour les mêmes raisons, la firme Bayer Crop ancien propriétaire du Regent (voir articles liés).

Des résidus de pesticides sur le raisin

Le Mouvement pour le droit au respect des générations futures (MDRGF), en partenariat avec des ONG européennes, a sorti lundi 24 novembre une étude révélant que le raisin était massivement contaminé par des pesticides. Sur les 124 raisins testés, issus de l’agriculture conventionnelle et vendus en Europe, 123 présentaient des traces de pesticides. Pire encore : certains de ces pesticides seraient interdits dans l’Union européenne, notamment des polluants organiques persistants ! 4,8% des raisins testés présentaient plus de pesticides que les limites maximales autorisées par la législation européenne, et 20% contenaient également des produits chimiques. Tous les échantillons prélevés en France contenaient des pesticides.

 

Après plusieurs mois et semaines de batailles d'experts, le procureur Claude Derens avait finalement requis un non-lieu en faveur des firmes chimiques et de leurs dirigeants, en juillet 2008. « A l'issue des très nombreuses expertises acquises au dossier, il n'était pas envisageable d'affirmer un lien incontestable entre l'utilisation du fipronil dans l'enrobage des semences et les surmortalités des abeilles constatées à l'occasion des campagnes 2002 et 2003 », estimait-t-il alors dans les réquisitions transmises aux avocats des différentes parties. Le procureur s’était appuyé principalement sur un rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) d'avril dernier qui révélait « qu'il n'y a aucune relation entre la présence de fipronil et celle des abeilles adultes et larvaires. »

 

« Non-responsabilité du Regent TS »

 

L'UNAF a exprimé « sa réprobation devant des réquisitions aussi caricaturales qui survolent à peine quelques points du dossier sans en traiter aucun, et qui donnent une idée consternante de l'impuissance judiciaire de notre pays face aux graves problèmes environnementaux de notre temps. » A contrario, BASF se félicite de cette décision puisque ces réquisitions « confortent la non-responsabilité du Régent TS dans les mortalités d'abeilles. » A ce jour, le Regent TS est toujours interdit de commercialisation en France suite à la décision qu'avait prise Hervé Gaymard alors ministre de l'Agriculture en 2004, tandis qu'il est autorisé en Europe. L'affaire est en attente désormais d'une décision de la juge d'instruction : soit confirmer ce non-lieu, soit un renvoi en correctionnelle.

 

Alors que BASF privilégie les pistes du manque de biodiversité et du rôle primordial des parasites –en accord sur ce point avec certains apiculteurs- pour expliquer la surmortalité des abeilles, il faut souligner que, dans son rapport, sur lequel le procureur Claude Derens a appuyé son réquisitoire, l'Afssa invitait à tenir compte du « très petit nombre d'observations » qui avait servi à l'étude, en l'occurrence 120 colonies d'abeilles domestiques. En outre, en février dernier, le ministère de l'Agriculture rendait public un rapport du Comité Scientifique et Technique (CST) de l'Etude Multifactorielle des Troubles des Abeilles, selon lequel le fipronil ferait courir « des risques inacceptables » aux abeilles. A l'époque, pour le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures, « ce rapport montre clairement la dangerosité inhérente à ces insecticides systémiques en enrobage de semences et souligne toute l'absurdité de l'homologation récente de l'insecticide Cruiser. »

 

Le Cruiser interdit en Allemagne

 

Si le réquisitoire du procureur de Saint-Gaudens met hors de cause le fipronil, l'implication des pesticides dans la surmortalité des abeilles est loin d'être écartée. En effet, la récente décision de l'Allemagne de suspendre l'autorisation de l'insecticide Cruiser, produit de la société Syngenta, relance le débat. Le Bureau fédéral pour la protection des consommateurs et la sécurité alimentaire (BVL) a choisi le principe de précaution, suite à un examen des faits concernant les dommages importants sur les abeilles du sud-ouest de l'Allemagne et mettant en cause certaines techniques de semis.

 

Il est vraisemblable aux yeux de certains experts que ce soit la conjonction de plusieurs facteurs –pesticides, champignon pathogènes et acarien- qui explique la disparition des abeilles particulièrement nécessaires à l'équilibre écologique (voir article lié). Auquel cas, on n'établira peut-être jamais de lien de causalité certain et indiscutable entre la présence d'un pesticide et de la disparition des abeilles. C'est alors le principe de précaution qui peut venir au secours de l'environnement plutôt que la décision de justice.


Mis en ligne le : 27/11/2008

Journal de l' Environnement, 09/12/2008 12:51

 

Face aux inquiétudes croissantes suscitées par les impacts potentiels sur la santé de la pollution des sols, l’Institut de veille sanitaire (InVS) apporte un éclairage sur les dernières connaissances dans ce domaine dans un numéro spécial du BEH (1).

Les préoccupations liées à l’impact sur la santé des sols pollués se sont renforcées ces dernières années en lien avec de nombreux arrêts d’exploitation. Plusieurs crises sanitaires (le saturnisme lié à l’exposition au plomb chez les enfants vivant à proximité de fonderies, les cancers liés à la pollution à la dioxine, ou encore les cancers pédiatriques sur une ancienne friche industrielle à Vincennes), ont conduit les autorités à élaborer depuis 15 ans une politique de gestion et de prévention des sols pollués. Sur les 300.000 sites potentiellement pollués -d’après un recensement des anciennes activités industrielles- , 4.000 font l’objet d’une surveillance, d’un diagnostic ou d’une réhabilitation.
«Afin de mieux répondre à la sollicitation croissante de la population, l’InVS et son réseau de cellules interrégionales d’épidémiologie (Cire) ont mis en place un groupe de travail dont les travaux sont présentés dans ce dossier thématique», explique Frédéric Dor, chercheur à l’InVS. Les métaux lourds (plomb, arsenic, cadmium) et les hydrocarbures représentent les principaux polluants des sols. Mais leurs effets sur la santé sont difficiles à démontrer, notamment en raison de lacunes concernant les mécanismes de passage des substances du sol à l’homme. «Si des effets de certains polluants sont observés lors des tests pratiqués chez l’animal, ces résultats ne sont pas aisément transposables à l’homme», ajoute le responsable de l’InVS. Enfin, la faible taille des populations concernées empêche souvent la conduite d’études épidémiologiques. Une exception toutefois: sur le site de «Love Canal», lieu de la première alerte sanitaire liée à une pollution des sols au début des années 80 aux Etats-Unis, une étude a permis d’associer certains symptômes aspécifiques (maux de tête, fatigue) aux émissions de composés organiques volatils (CoV) provenant de déchets enfouis.
L’InVS centre donc ses travaux sur l’estimation de l’exposition des populations aux polluants. «On peut comparer l’exposition de deux groupes de population et fixer comme objectif une réduction des taux aux valeurs moyennes», précise Frédéric Dor. L’identification des sites dont les risques sanitaires sont les plus élevés représente également un enjeu majeur. Des chercheurs de l’InVS ont ainsi conduit une étude visant à hiérarchiser 200 sites pollués au plomb dans le Nord-Pas de Calais. Les dépistages de saturnisme réalisés dans cette région chez les enfants vivant dans les communes proches du site industriel de Metaleurop, avaient en effet recensé 11% de cas en moyenne, et jusqu’à 20% dans certaines zones. Mais, en raison de leur coût élevé, de tels dépistages peuvent difficilement être menés sur tous les sites. L’identification des sites les plus à risque se heurte néanmoins à la question du manque -ou de l’incohérence- des informations répertoriées par les Drire et les bases de données spécialisées (2). «Nous préconisons la construction d’une base de donnée informatique plus exhaustive sur les actuels sites pollués afin de disposer de meilleurs outils pour l’avenir», commente Christophe Heyman, responsable de la Cire de la région Nord.
Dans cette optique, l’InVS mènent plusieurs études-pilotes de grande envergure sur des sites pollués (3) pour pouvoir prévoir l’exposition d’une population sur un site de même nature, permettant ainsi une meilleure gestion des risques sanitaires. «La stratégie de croisement des sites de pollution historiques (Basias) et des sites à usage sensible (crèches, écoles), acté dans le Grenelle de l’environnement [voir encadré], a d’ailleurs pu s’appuyer sur une étude de l’InVS ayant démontré la faisabilité et le sens d’une telle démarche», souligne Frédéric Dor.
Un nouveau projet de directive sur la protection des sols sera présenté cette semaine par la présidence française de l’Union européenne dans la perspective de relancer les négociations suite à l’échec de décembre 2007 (4). Ce texte propose de s’appuyer sur les modalités de gestion des sites pollués existantes dans les Etats membres et met l’accent sur la réhabilitation et le traitement rapide de sites jugés «prioritaires», sur le modèle français.
(1) «Pollution des sols: de l’exposition des populations à la santé publique», Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) n° 47-48 (9 décembre 2008)
(2) Basias est un inventaire des anciens sites industriels en France, achevé dans 90 départements (hors Dom-Tom). Il recense 230.000 sites. Basol, une base de données des sites et sols pollués ou potentiellement pollués appelant une action des pouvoirs publics, à titre préventif ou curatif, regroupe 4.000 sites.
(3) Voir l’article du JDLE «Sols pollués: un impact potentiel sur la santé»
(4) Voir l’article du JDLE «La directive sur la protection des sols continue à diviser»

Journal de l'environnement 06/11/2008

Conformément au plan Ecophyto 2018, l’avant-projet de loi Grenelle II prévoit de renforcer la formation et la certification des distributeurs et des utilisateurs de pesticides, mais aussi de limiter l’usage de ces produits par les particuliers.

Le texte propose d’élargir la protection des aires d’alimentation en eau potable en ciblant 500 points de captage situés dans des ressources déjà polluées d’ici 2012. L’objectif du bon état des eaux est confirmé pour 66% des masses d’eau d’ici 2015, et plus de 90% en 2021. Les communes pourront effectuer des travaux d'office pour la mise en conformité des installations d’assainissement non collectif.
Afin de diminuer les pertes d’eau au niveau des réseaux, les services d’eau potable et d’assainissement, quel que soit leur mode de gestion, auront l’obligation d’effectuer l’inventaire des infrastructures dont l’échéance sera fixée par décret. Des travaux devront être réalisés en cas de fuites supérieures à un seuil.
Dans le chapitre V, le projet de loi prévoit la définition d’une stratégie nationale pour la mer fondée sur les principes de la gestion intégrée, et déclinée à différentes échelles (façade maritime, île, archipel). La création d’un écolabel pour les produits de la pêche couplés à une gestion durable a également été proposée. Enfin, le développement de la recherche dans les secteurs de l’alimentation et de l’assainissement en eau est recommandé.

UN News
New York, Nov 3 2008 11:00AM
Plus de 120 pays parties à la Convention de Rotterdam ont convenu d';ajouter le pesticide tributylétain à une "liste de veille" mondiale des échanges durant les négociations qui se sont déroulées à Rome la semaine dernière mais ils ne sont arrivés à aucun accord sur l';adjonction de l';amiante chrysotile et du pesticide endosulfan.
Les composants du tributylétain (TBT) sont utilisés dans les peintures anti-fouling pour les coques de navires. Ils sont toxiques pour les poissons, mollusques et autres organismes aquatiques. L';Organisation maritime internationale a pris des mesures en vue d';interdire l';utilisation de peintures antisalissures contenant des composés du TBT.
Durant la conférence, de nombreux gouvernements ont manifesté de sérieuses inquiétudes sur l';incapacité de parvenir à un consensus sur l';adjonction de l';amiante chrysotile.
L';amiante chrysotile est la forme d';amiante la plus répandue, représentant environ 94% de la production mondiale d';amiante. On le retrouve surtout dans les matériaux de construction, comme l';amiante-ciment, les tuyaux et la tôle, et dans la fabrication de produits de friction, de joints et de papier.
L';Organisation mondiale de la santé (<" http://www.who.int/fr/">OMS) a rappelé aux participants que le chrysotile est un agent carcinogène et qu';au moins 90 000 personnes meurent chaque année des suites de maladies liées à l';amiante, comme le cancer du poumon et du mésothéliome, une rare forme de cancer directement imputable à l';amiante.
Les Etats n';ont pas réussi non plus à se mettre d';accord sur l';adjonction de l';endosulfan sur la liste des substances dangereuses. L';endosulfan est un pesticide très répandu dans le monde entier, en particulier dans les cultures de coton. Il est dangereux pour l';environnement et la santé de l';homme, plus particulièrement dans les pays en développement qui ne disposent pas de protections adéquates.
Quelque 70 000 produits chimiques sont disponibles sur le marché à l';heure actuelle, et environ 1 500 autres apparaissent chaque année. De nombreux pesticides qui ont été mis au ban ou dont l';utilisation a été strictement réglementée dans les pays industrialisés sont encore commercialisés et utilisés dans les pays en développement
La Convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause (PIC) applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux faisant l';objet d';un commerce international encourage la transparence et le partage d';information sur les risques potentiels pour la santé humaine et l';environnement. L';Organisation des Nations Unies pour l';alimentation et l';agriculture (<" http://www.fao.org/index_fr.htm">FAO) et le Programme des Nations Unies pour l';environnement (PNUE) assurent actuellement le secrétariat de la Convention.

www.journaldelenvironnement.net

De nombreux pesticides utilisés en Europe présentent un risque potentiel d’affecter le développement cérébral des fœtus humains, révèle une étude publiée dans Environnemental Health (1).

Puisque les pesticides ciblent le système nerveux des insectes, leur impact sur le développement cérébral chez l’homme est suspecté. Toutefois, cet effet neurotoxique potentiel sur les fœtus n’est actuellement pas évalué dans les tests de sécurité sanitaire sur les pesticides.
L’équipe dirigée par Philippe Grandjean de l’école d’Harvard et de l’université du Sud Danemark a passé en revue près de 200 études scientifiques ayant évalué cette question. Les données expérimentales obtenues chez l’animal et les observations effectuées chez les nouveau-nés suggèrent que de nombreux pesticides, incluant les engrais organo-phosphatés, les carbamates, les pyréthroïdes, les éthylènebisdithiocarbamates et les herbicides chlorophenoxy, peuvent être toxiques pour le développement cérébral.
Ces effets délétères peuvent être sévères ou irréversibles. Les auteurs estiment donc que la prévention de l’exposition aux pesticides devrait devenir une priorité de santé publique et appellent à renforcer et compléter les études d’évaluation de la neurotoxicité des pesticides.
(1) «Potential developmental neurotoxicity of pesticides used in Europe», Marina Bjorling-Poulsen et al., Environnemental Health (publication en ligne le 22 octobre 2008)